le 2 juin

Publié: 3 novembre 2010 dans Non classé
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Je sors de ma torpeur printanière, plus féroce que molosse… je suis sorti d’un coma maladif où je me suis plongé afin que mon cerveau oublie jusqu’à mon image…. quelle en est sa couleur, que dire de mon odeur ? tout m’est inconnu, jusqu’à ces gens blancs aux gants blancs. Pourquoi suis-je là ? ai-je osé demander à cette jeune femme enrobée d’un parfum très corporel, son corps comme une odeur de viande. Elle me répond que je suis tombé dans le coma, plus exactement que je ne me suis pas réveillé d’une nuit de grande banalité. Pourquoi donc cette longueur de sommeil ? Quelques images qui me donnent l’impression d’une obsession oubliée, un goût de corps vieilli au fond de ma bouche, des flots d’absence… et je suis là attentif à tous ces mots qu’elle sait me dire par delà l’odeur de son corps…. je mastiquerais bien l’un de ses opulents seins à l’aréole tombante sans pointe apparente… prendre le temps de me réveiller, repartir dans ce sommeil rapidement.

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le 12 mai

Publié: 20 septembre 2010 dans Non classé
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Ce qui devait arriver est arrivé. Ils ont laissé la porte de ma chambre ouverte… J’ai fui dans le couloir, puis du couloir, dans des toilettes, des toilettes dans la rue… en sautant par une fenêtre. Dans la rue, sur le trottoir, j’ai couru jusqu’au bout de cette rue et enfin je me suis arrêté… Là près de ce mur. Je suis parti en emmenant mon cahier sur lequel j’écris, je suis nus pieds, c’est un jour où il fait froid, donc j’ai froid. Je suis en train d’écrire  à l’abri d’une porte, accroupi… je me demande si je n’ai pas plus besoin d’écrire que de liberté extérieure. Je décide donc de retourner vers ma chambre où il faisait chaud.

13h52: j’ai réintégré ma chambre, ils ont été étonné de me voir  à la porte de la clinique où je réside… Ils me savaient parti, ils ne me savaient pas capable de revenir aussi rapidement

14h26: une personne en blouse blanche est venue me voir, elle m’a observé. elle m’a dit qu’elle reviendrait me voir tout  à l’heure.

15h39: cette même personne vient de me quitter, elle m’a longuement questionner sur le pourquoi de ma fuite. Je crois lui avoir expliqué que c’était par instinct, non par volonté. Lorsque j’avais vu la porte entrouverte, je n’avais pas pu faire autrement que de me sauver, je n’avais pas soumis mon cerveau  à un acte réfléchi. Il avait juste pris le dessus et avait ordonné  à mon corps une fuite… Au moment où  cette personne m’a quitté je lui ai demandé pourquoi j’étais dans cette clinique. Elle ne m’a pas répondu, elle est partie.

16h28: elle est revenue, cette personne était un homme , il m’a expliqué le pourquoi de mon internement.Il y a quelques mois , bientôt douze , j’ai tué ma femme et je l’ai mangée. je ne me souviens pas de son goût, cela me désole plus que sa mort.

le 10 mai

Publié: 15 septembre 2010 dans Non classé
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Pendant deux jours, j’ai dormi abruti, abattu à mon réveil, attaché sur mon lit, je peux écrire cependant malgré mon bras douloureux. Je sais que j’ai rêvé, je ne souvenais plus d’avoir rêvé ….j’ai donc rêvé d’un enfant que j’avais été, je ne m’en étais jamais souvenu… peut-être sous l’effet du somnifère qui m’a été administré. Il y a donc longtemps j’avais été un enfant, perturbé, perturbant… bipolaire avec troubles neuro-moteur associé qu’ils disaient, mes parents avaient laissé faire, surtout ma mère. Il s avaient laissé faire un médecin qui avait commencé à me faire absorber de petites pilules plus ou moins sucrées dont l’effet étaient sensé me calmer. S’il n’y avait eu qu’elles qui étaient sensées me calmer… Au départ il y aurait dû avoir ma mère, mais elle ne m’avait jamais touché, alors j’avais commencé à remuer pour me faire remarquer et  à pleurer parce qu’elle ne me remarquait pas. Elle n’avait jamais compris que j’essayais, à chaque fois que j’entreprenais une nouvelle action qui n’en achevait pas une autre et qui perturbait la prochaine, de lui dire que j’étais là;  et plus mon effort pour être là augmentait, sans que je sus en expliquer les raisons, plus la distance qui m’éloignait d’elle s’accentuait. Le jour de ma naissance, elle m’avait posé à côté pour regarder par la fenêtre, voir si mon père finirait par arriver. Il ne fut là que deux ans plus tard et pendant ces deux ans je n’avais pas cessé de m’éloigner d’elle malgré tout ce que mon corps finissait par faire  à ma place pour quitter ce côté où elle m’avait placé… Ainsi donc de psychotropes en lithium à haute dose , j’avais fini par déserté mon corps, l’habitant sans savoir qu’il était mien, l’ignorant jusqu’à ne pas le voir dans un miroir. Les autres s’absentaient de ma vie, ils avaient cette évidence de la transparence.

Après il y a un trou , mon rêve s’est achevé avant de me dévoiler le reste de ma vie…. je vais me rendormir pour peut-être….

23h52: j’ai encore dormi, ils ou elles m’ont détaché pendant mon sommeil, j’ai relu ce que j’ai écrit  à mon premier réveil…. je l’avais déjà oublié. J’ai faim, je mords mon doigt…. ils reviennent.

le 8 mai

Publié: 13 septembre 2010 dans Non classé
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Le morceau de chair de la femme a lentement fondu dans ma bouche, je suis resté  bouche fermée pendant quatre jours, je  ne l’ai pas digéré, c’est sa chair qui a fondu au contact de ma salive…..

8h56: je me suis attablé et je viens de commencer une lecture exhaustive d’un livre de cuisine. Il n’y a pas de recette de chat ni de morceau de grande femme blonde. J’ai décidé de découper un morceau de mon bras pour savoir quel goût j’ai, mais je n’ai aucun objet  tranchant qui pourrait me permettre d’effiler  ma viande, je ne serai pas satisfait tant que je n’aurai pas exécuté cet acte que je prémédite obsessionnellement.

9h12: je viens de lire plus rapidement qu’à mon habitude un livre sur la boucherie: « la belle viande ». J’ai compris comment il fallait faire pour que le goût du sang soit conservé. J’appliquerai  à la lettre cette technique sur ma viande

9h32: je viens d’imaginer que je pourrais peut- être me planter le crayon dans l’avant bras et qu’en le tournant je pourrais déchirer mes tissus humains. Le crayon est de matière plastique souple, il s’est juste arrondi au contact de mon avant-bras.

10h12:ils m’ont servi un repas dans des assiettes en carton, même mes couverts étaient en carton…..

10h38: il n’y a rien qui puisse me servir pour me découper….je jette donc mon bras contre le mur, de plus en plus fort. La douleur n’est qu’une information qui me permet d’accéder à la finalité de mon acte…. je commence  à saigner du bras gauche, j’écris de la main droite. Je frappe de plus en plus fort.

11h01: Ils viennent d’intervenir, ils m’ont piqué une aiguille dans le bras dont je me serais nourri, je ne souffre plus, je n’ai jamais vraiment souffert. Je me sens plonger, j’ai faim, très faim…. je me serais bien aimé.

le 4 mai

Publié: 8 septembre 2010 dans Non classé
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Il me semble qu’un temps long et incertain soit passé le long de ma vie ces derniers temps…. j’envahis le silence qu’il m’a été permis de sentir avec de la musique, elle comble l’immensité de l’espace qui m’entoure. Ma chambre est petite, j’en conviens, mon lit n’a qu’une place que j’occupe  à tour de rôle. Mon existence se déroule ainsi, lentement, sans jouir de ce qui m’entoure, juste accepter désormais qui je suis et où je suis. Je prends journellement ma dose médicamenteuse, elle me plaît. Grâce à elle, j’ai de nouveau usé de la parole et suis rentré en communication avec d’autres patients et patientes. Pour la plupart, ils sont comme moi, absents dans leur présence, alors qu’avant ils étaient présents dans leur absence. Nous sommes donc tous ensemble dans ce grand parc où  chaque matin des jours où il ne pleut pas, nous venons, calmement à petits pas nous sourire l’un à l’autre ou l’un, l’autre, je ne sais pas comment le dire et si cela ce dit, mais je le fais… ce matin, je suis donc revenu à la parole, je n’ai eu qu’une envie, celle de dialoguer avec cette grande femme blonde qui comme moi absentait les moments , les uns après les autres, mais en souriant mollement. Je me suis donc dirigé vers elle et je lui ai parlé, puis nous nous sommes parlés…. le temps, le passé dont nous nous souvenions peu, ses enfants, les miens peut être, les autres qui nous paraissaient si loin…. quelques heures durant nous avons dialogué, nous sommes promis de recommencer dès demain. C’est au moment de la quitter que j’ai eu du mal, je n’ai pas pu me séparer d’elle, car,  je crois que je la trouvais belle ou peut être bonne, vraiment. Je lui ai demandé de rester encore un peu en ma compagnie, elle a refusé, parce qu’il faisait frais et nuit ou le contraire. Alors je l’ai mordu au bras, très fortement, les infirmiers sont intervenus rapidement et m’ont conduit jusqu’à ma chambre où je suis désormais enfermé. J’ai le goût de son corps dans ma bouche, le goût de son sang et je l’aime…. plus que mon chat. Je ne cracherai pas le morceau que je lui ai pris, je ne parlerai pas avant que mon corps l’ai intégré au sien, je ne prendrai plus mes médicaments….

le 30 avril

Publié: 4 septembre 2010 dans Non classé

Je vais mieux, je le sens et sais. J’ai passé cette dernière semaine  à intensément me reposer, j’ai pris les médicaments que le personnel hospitalier me donnait. Avant aussi je les prenais, mais je ne les digérais pas  et je les vomissais avant que la cellulose rouge et blanche des petites gélules ne soit attaquée par mon acide gastrique… Tant et bien que que je divaguais, c’est ce qu’on m’a dit…. donc je vais mieux. Je vais si bien que j’envisage même de sortir de ma chambre, l’infirmière en chef m’en a donné l’autorisation, c’est elle qui garde toujours la clé. Elle pense que mes médicaments  n’ont pas suffisamment stabilisé mon esprit qui avait tendance à construire la réalité plus qu’à la voir défiler comme tout  à chacun. Donc je vais sortir dans le parc….

12h38: je suis assis dans le parc, il y fait beau. Je viens d’absorber, sous le regard vigilant de l’infirmière, mon anxiolytique, mon antidépresseur,mon neuroleptique de classe 2, mon stimulant vitaminé, mon bromure, mon lithium et un verre d’eau… et je n’ai pas envie de vomir.

13h22: je suis assis  à côté d’une jeune infirmière qui est certainement là pour me surveiller, par delà ma camisole chimique. Je vais bien, je me sens loin de tout contact avec cette réalité, qui il y a encore quelques jours m’obsédait. Je l’ignore, elle m’entoure simplement pour me laisser exister. C’est elle qui par sa présence donne désormais un sens  à mon existence, cette réalité qui m’englobe mais dont j’ignore l’exactitude. Je ne suis plus dans cette précision des sens qui m’obligeait  à voir avec une acuité certaine et pernicieuse  jusqu’aux contours des ombres et à  vérifier qu’ils correspondaient  à  l’image de l’objet qui les protégeait de la lumière… Je vais donc bien et loin.

13h52: Je regarde le corps de l’infirmière qui s’est levée, je le détaille profitant  de la lumière qui traverse sa blouse et qui me donne  à voir l’ampleur de sa masse fessière. J’aime mon infirmière. Je l’aime, je pense, comme j’aimais mon chat…

le 24 avril

Publié: 1 septembre 2010 dans Non classé
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Je viens de passer une semaine à hurler, hurler de la crainte que j’ai de ma propre image…. je me suis vu, livide, dans une glace accrochée  à l’un de mes murs, je ne l’avais pas encore vue, j’en fus surpris. Pendant cette semaine, j’ai cherché  à me cacher de mon image, qui à chaque instant m’épiait. Je me suis donc relevé la nuit pour la recouvrir d’un drap, mais mon image était encore dessous; là  derrière ce drap qu’elle tenait…. hasardeusement. J’ai fini par me haïr, j’aurais pu la tuer en m’assassinant, mais j’ai hésité…. j’avais peur de son existence après ma mort, celle que je me serais donnée… Je me suis alors assis en attente de la nuit tombante, je suis resté éveillé, patiemment. J’ai vu, lentement, s’évanouir mon reflet dans l’absence de lumière de la nuit naissante. Je me suis mis nu, pour être plus vrai que je ne l’avais jamais été et pour ne pas me tromper… Si mon image s’était emparée de mon corps lors  d’une dernière nuit durant laquelle je m’étais endormi ? J’ai donc fait le choix de ne pas dormir  et de la fixer droit dans mes yeux, dans ce miroir tant qu’elle serait présente. Durant 4 jours, je ne l’ai pas quittée, si ce n’est pour cligner des yeux, mais encore pour être certain qu’elle ne se sauvât pas, je m’étais approché de la glace et je la tenais de façon à ce que, si elle voulait s’enfuir durant le clignement de mes yeux, elle n’aurait pu passé sans me heurter de face. Ce n’est qu’au bout du quatrième jour et de la quatrième nuit que je me suis écroulé face sur la glace. Au matin,  à l’instant de mon réveil, la glace était brisée et mon image n’était plus là. Il ne restait que çà et là, sur de tristes morceaux anguleux et coupants, que de courts espaces refermés où elle gisait morcelée. J’ai laissé les morceau à terre, sans rien leur dire, j’ai marché sur ce petit morceau où l’image de mon visage me regardait de ce bas vers mon haut…. je l’ai écrasée, cette prétentieuse idole qui m’eut fait croire que j’étais autre et enclin à  devenir altruiste. Durant tout ce temps, je n’ai cessé de hurler, à m’en casser la voix, à m’en casser le son qui ne pouvait plus sortir de ma bouche sans heurter l’image dans la glace…. quand le silence fut revenu, je me suis lentement mis à penser  à mon chat, qu’il y a peu de temps, j’avais pris plaisir  à manger…